L’attitude du Premier ministre israélien à Paris a fait couler beaucoup d’encre. Les avis sont partagés. Certains ont loué son patriotisme. D’autres ont fustigé une attitude rustre, insultante envers la France et insensible aux sentiments d’une large partie de la communauté juive, y compris les familles des victimes. Les premiers pensent que Netanyahou est un leader et que personne ne peut le remplacer. Les seconds appartiennent au camp des « tout sauf Bibi », qui au mieux, pensent que le Premier ministre a perdu la main, au pire, qu’il ne l’a jamais eue. En toute honnêteté, j’appartiens au second groupe, même si j’ai tendance à accorder à Netanyahou le bénéfice du doute.
Que les choses soient claires : la politique de la France dans le conflit israélo-palestinien est décevante du point de vue d’Israël. En particulier le soutien de Paris aux initiatives unilatérales palestiniennes. Mais pour ceux qui, comme moi, estiment que le gouvernement israélien est largement responsable de la frustration qui a poussé le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas à agir pour la reconnaissance unilatérale d’un Etat palestinien au sein de la communauté internationale, la France peut être critiquée sur la forme, mais pas sur le fond.

Mais même si Israël n’était pas à blâmer, rien n’explique que l’on traite la France avec un tel manque de respect et autant de mépris pour le protocole. Après tout, les attaques terroristes qui ont touché Paris sont un événement français, qui concerne les citoyens français – chrétiens, musulmans et juifs – qu’ils soient du côté des victimes ou des bourreaux. Il ne faut pas oublier que l’un des policiers tués était musulman. Même si Netanyahou a voulu mettre en relief le côté juif et antisémite de ces drames, profitant de l’occasion pour lancer un appel à l’aliya – y compris l’aliya post-mortem des victimes – cela ne devait pas se faire sans rappeler que la France a reconnu que les victimes ont été visées parce que juives, qu’elle a décidé de renforcer la protection des institutions communautaires et répété que la communauté juive de France faisait partie de l’essence de la république.

Quand, où et comment ?

Même si, à mon avis, il y a une limite à la liberté d’expression et que Charlie Hebdo a franchi cette ligne rouge qui sépare la critique légitime de la satire outrageuse et vulgaire, la marche de Paris saluait la liberté d’expression et le respect des droits de l’homme. Si Netanyahou pensait que sa place était en tête du cortège – bien qu’il fût plus qu’embarrassant de le voir se frayer une place sans élégance vers le premier rang – il aurait au moins dû respecter le thème de l’événement, au lieu de l’utiliser comme un outil de campagne.
En outre, il fallait vraiment être aveugle pour ne pas voir la détresse des juifs de France face à la prise de conscience que la population musulmane est en constante croissance et qu’elle compte une minorité radicale, qui rejoint les rangs d’al-Qaïda et de l’Etat islamique. Il est clair que la promotion de l’aliya des juifs de France est un sujet légitime. La question reste de savoir quand, où et comment l’aborder. Beaucoup de juifs français et d’Israéliens d’origine française ont eu l’impression que Netanyahou a exagéré, n’a à aucun moment pris en compte la sensibilité du gouvernement français ou même celle des juifs de France, qui ont senti leur loyauté envers la France bafouée par les propos du Premier ministre. Même la question des enterrements des quatre victimes juives de l’attentat contre l’Hypercacher a fait polémique. Si elles n’avaient pas été sujettes à une certaine pression, deux des familles auraient en effet fait le choix d’inhumer leurs proches en France, au cours de cérémonies plus intimes.
Mais le plus choquant est l’hypocrisie qui règne autour de la question de l’aliya. Les juifs qui souhaitent s’installer en Israël sont plus que bienvenus. Mais les inciter à venir, au nom de la sécurité, alors qu’ils ont 10 fois plus de risques d’être tués dans un attentat en Israël qu’en France, est totalement irresponsable.
Qu’aurait-on attendu de Netanyahou ? Qu’il fasse preuve d’un peu plus de modestie, de sensibilité et qu’il laisse la tragédie française en dehors de sa campagne électorale.



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